
Dans la tribune Zone Expos
La LCF à Québec est-elle en train de voler le show aux Expos?
25 sept. 2026
Il y a encore quelques semaines, si on avait demandé quel était le prochain grand projet de sport professionnel susceptible de faire rêver au Québec, la réponse aurait probablement été évidente.
Les Expos.
Encore les Expos.
Toujours les Expos.
Puis, presque sans avertissement, Québec est arrivée avec son projet de Ligue canadienne de football.
Et en quelques jours, le rapport de force médiatique a complètement changé.
Un promoteur identifié.
Des discussions avec la ligue.
Une rencontre avec le commissaire.
Un vote des gouverneurs.
Un droit de franchise de 25 millions de dollars.
Un stade potentiel de 25 000 places.
Un emplacement.
Une solution temporaire au Stade TELUS.
Une fenêtre d'arrivée autour de 2030-2031.
La possibilité d'accueillir éventuellement la Coupe Grey.
Pendant ce temps, à Montréal, on parle encore de convaincre la MLB qu'elle devrait revenir.
C'est brutal comme comparaison.
Et même pour quelqu'un qui souhaite ardemment revoir les Expos, il faut reconnaître une chose :
en ce moment, le projet de la LCF à Québec est en train de voler le show.
Le retour des Expos vient pourtant de reprendre vie
Ce qui rend la situation encore plus étonnante, c'est que le projet montréalais n'est absolument pas mort.
Au contraire.
Il vient lui aussi de connaître un regain d'activité important.
L'entrepreneur montréalais Ashkan Karbasfrooshan, fondateur de WatchMojo, construit publiquement ce qu'il appelle le Peanut Project, dont l'objectif est de ramener le baseball majeur à Montréal et de restaurer les Expos.
Et il ne se contente plus de lancer l'idée sur les médias sociaux.
Le Los Angeles Times rapportait cette semaine que l'ancien directeur général des Dodgers Dan Evans est déjà associé au projet et serait le choix de Karbasfrooshan pour éventuellement diriger les opérations baseball d'une franchise montréalaise. Karbasfrooshan affirme également avoir discuté avec des gens provenant de la NFL et de la MLB pour d'autres postes importants.
Il continue d'ailleurs de travailler publiquement sur le projet cette semaine, notamment sur la question d'un futur stade et de son financement. Il reconnaît lui-même que Montréal n'a présentement ni franchise, ni stade, ni terrain réservé et que la MLB n'a même pas encore officiellement lancé son processus d'expansion.
Voilà exactement le problème.
Les Expos sont redevenus un projet.
La LCF à Québec commence à ressembler à une transaction.
À Québec, quelqu'un semble déjà vouloir acheter l'équipe
C'est probablement la différence fondamentale entre les deux dossiers.
William Trudel n'est pas simplement un amateur de football qui essaie de convaincre la LCF que Québec serait un bon marché.
Selon les informations qui circulent depuis quelques jours, son groupe négocie directement avec la ligue.
Le commissaire Stewart Johnston reconnaît publiquement avoir eu des discussions productives avec un groupe local qu'il qualifie de sérieux et engagé. La LCF considère maintenant Québec comme l'un des principaux candidats à son expansion.
Et selon les informations rapportées par Dave Naylor, de TSN, le projet aurait reçu une approbation conditionnelle unanime du conseil des gouverneurs et une entente prévoirait le versement d'un droit de franchise de 25 millions de dollars à la LCF.
Relisez cette phrase.
25 millions.
Un promoteur.
Une ligue.
Un prix.
Une approbation conditionnelle.
Nous ne sommes plus tellement dans le même univers que : « Montréal serait un excellent marché si la MLB décidait un jour d'ouvrir son processus d'expansion. »
Ça ne garantit absolument pas que Québec aura son équipe.
Mais on comprend soudainement pourquoi le dossier a explosé dans l'actualité.
Le problème des Expos est devenu gigantesque
Il y a surtout une réalité financière dont on parle moins quand on laisse la nostalgie prendre le dessus.
Ramener les Expos en 2026 n'a plus rien à voir avec ramener les Expos il y a dix ans.
Le prix d'entrée potentiel est devenu complètement fou.
Le Los Angeles Times rappelle que la valeur moyenne actuelle d'une franchise de la MLB se situe autour de 4 milliards de dollars américains, et que certains observateurs s'attendent à ce que les droits d'expansion puissent éventuellement atteindre ou dépasser ce niveau.
Ajoutez ensuite un stade.
Le terrain.
Les infrastructures.
Le financement.
Les opérations.
On ne parle plus d'un projet de quelques centaines de millions.
On parle potentiellement d'une aventure de plusieurs milliards.
Karbasfrooshan le sait parfaitement. Il a publiquement reconnu qu'il ne possède pas personnellement le capital nécessaire et qu'il devra réunir des investisseurs beaucoup plus importants pour rendre son projet crédible.
À Québec?
Le chiffre rapporté pour entrer dans la LCF est 25 millions de dollars.
Évidemment, il serait ridicule de comparer uniquement les deux droits de franchise. Les revenus, les valeurs et l'envergure internationale de la MLB et de la LCF ne sont pas comparables.
Mais pour la faisabilité d'un projet, la différence est immense.
La LCF possède aussi quelque chose que Montréal attend encore
Elle veut réellement ajouter une équipe.
Ça paraît banal.
Ça ne l'est pas.
La LCF fonctionne avec neuf franchises depuis le retour d'Ottawa en 2014. Une dixième équipe permettrait notamment d'équilibrer la ligue.
Et la LCF vient elle-même de qualifier Québec de candidat de premier plan, citant les amateurs de football, le soutien corporatif, la croissance économique et démographique ainsi que la possibilité de créer une rivalité naturelle avec Montréal.
La MLB, elle, n'a toujours pas lancé son processus d'expansion.
Rob Manfred souhaite régler l'expansion avant son départ prévu en janvier 2029, et Montréal figure parmi plusieurs marchés régulièrement évoqués, avec notamment Nashville, Salt Lake City, Raleigh, Orlando et Portland.
C'est une différence énorme.
Québec semble discuter directement avec une ligue qui cherche une dixième équipe.
Montréal essaie de se positionner pour participer à une compétition qui n'a pas encore officiellement commencé.
Mais attention : Québec a aussi son énorme problème
Tout n'est pas réglé.
Très loin de là.
Le droit de franchise de 25 millions n'est probablement même pas le morceau le plus difficile.
Le stade l'est.
Le projet actuellement rapporté prévoit une enceinte d'environ 25 000 places sur le site de l'ancien Colisée, avec un coût estimé jusqu'ici autour de 350 millions de dollars. D'autres discussions médiatiques ont depuis évoqué une facture pouvant être supérieure.
Le financement n'est pas réglé.
Et tant qu'il ne l'est pas, personne ne devrait écrire que Québec possède sa franchise.
C'est justement ce qui explique l'approbation « conditionnelle » rapportée par Naylor. Selon lui, le financement du stade demeure le morceau déterminant du dossier.
Donc oui, Québec est beaucoup plus avancée qu'on aurait pu l'imaginer il y a quelques semaines.
Mais elle peut encore frapper un mur.
Littéralement un mur de 350 millions de dollars.
Ce qui fait mal aux Expos, c'est surtout le contraste
Parce qu'on connaît cette histoire.
Depuis des années, le retour des Expos fonctionne par vagues.
Un groupe apparaît.
Un scénario de stade apparaît.
Un terrain apparaît.
Une déclaration de la MLB relance l'espoir.
Puis on attend.
Le projet Bronfman a longtemps porté cet espoir. Il y a eu le bassin Peel. Ensuite est arrivée cette étrange histoire de garde partagée avec les Rays de Tampa Bay.
Puis tout s'est effondré.
Aujourd'hui, Karbasfrooshan essaie de reconstruire quelque chose de nouveau.
Et je trouve son approche fascinante.
Mais pour le public, il existe une différence énorme entre construire une candidature et négocier une franchise.
C'est exactement ce que Québec vient de réussir à faire médiatiquement.
Et il y a quelque chose d'un peu ironique là-dedans
Pendant des années, Québec regardait Montréal avec envie.
Montréal avait les Canadiens.
Les Alouettes.
Le CF Montréal.
Et elle rêvait de retrouver les Expos.
Québec avait le Rouge et Or, les Remparts et son Centre Vidéotron qui attend toujours le retour hypothétique des Nordiques.
Et soudainement, le projet professionnel qui semble bouger le plus rapidement au Québec n'est ni celui des Nordiques ni celui des Expos.
C'est une équipe de football canadien dont personne ne connaissait encore le propriétaire potentiel il y a quelques jours.
Il faut reconnaître que c'est assez spectaculaire.
Mais les Expos possèdent quelque chose que la LCF à Québec n'aura probablement jamais
L'envergure.
Si les Expos reviennent un jour, l'événement serait d'une tout autre dimension.
On parlerait du retour d'une franchise historique après plus de vingt ans d'absence.
Des Yankees.
Des Red Sox.
Des Dodgers.
Des Blue Jays.
Du baseball majeur à Montréal pendant 81 matchs locaux par saison.
Une franchise de la MLB représenterait également un actif de plusieurs milliards de dollars et replacerait Montréal dans l'une des quatre grandes ligues professionnelles nord-américaines.
Une équipe de la LCF à Québec peut devenir un immense succès populaire.
Mais ce ne sont simplement pas des projets de la même dimension économique.
Et c'est justement ce qui rend la situation actuelle aussi intéressante.
Le projet le moins spectaculaire sur papier est présentement le plus concret.
Alors, la LCF est-elle vraiment en train d'éclipser les Expos?
Médiatiquement?
Présentement, oui. Sans aucun doute.
En quelques jours, Québec est passée d'une rumeur d'expansion à un dossier où l'on connaît maintenant le promoteur présumé, le montant du droit de franchise, le scénario de stade, le site envisagé, le domicile temporaire possible et la période approximative d'entrée dans la ligue.
Montréal possède de nouveau un entrepreneur déterminé, une histoire extraordinaire, le plus gros marché parmi plusieurs candidats potentiels et même des dirigeants de baseball intéressés à participer au projet.
Mais il lui manque encore les deux éléments qui changeraient complètement la conversation :
un groupe financier capable d'absorber une transaction de plusieurs milliards et une véritable ouverture de la MLB.
Québec, elle, semble déjà avoir trouvé son William Trudel.
Montréal cherche encore le groupe financier capable de transformer le Peanut Project en candidature incontournable.
Et c'est peut-être ça, finalement, la meilleure façon de résumer la situation.
Pendant que Montréal tente encore de démontrer à la MLB pourquoi elle devrait retrouver les Expos, Québec est déjà rendue à essayer de trouver comment construire le stade de sa future équipe.
Les Expos demeurent le rêve beaucoup plus gros.
Mais pour une rare fois, ce n'est plus nécessairement le rêve sportif québécois qui semble le plus près de devenir réalité.



